Etude sur les récifs artificiels
L’espace marin côtier de la zone RAMOGE est un milieu riche et convoité par de nombreuses
activités humaines. L’augmentation continue des pressions anthropiques alliée au
changement climatique font de la zone RAMOGE un espace vulnérable qui se fragilise.
Depuis les années 2000, une crise mondiale de la pêche côtière est observée
due à la stagnation générale des productions halieutiques. Dans ce contexte,
l’aménagement des fonds marins par les récifs artificiels afin d’améliorer la productivité
pour soutenir les activités de pêche, constitue un enjeu majeur.
Comment fonctionne un récif
De plus, l’aménagement des fonds par des récifs artificiels peut s’avérer être un
outil efficace de la mise en œuvre de la Gestion Intégrée des Zones Côtières.
En effet, ils permettent de concilier la conservation des écosystèmes marins côtiers,
avec l’intérêt économique (la pêche) et avec d’autres activités permettant
une gestion durable de la bande côtière.
Les récifs artificiels doivent à la fois répondre, dans le cadre d’une GIZC, à la
régulation des conflits d’usages, la préservation de l’environnement, et à l’assurance
d’un développement durable de la zone côtière.
Les récifs artificiels de la zone RAMOGE
Les trois pays membres de l’Accord RAMOGE ont eu recours aux récifs artificiels.
On recense ainsi 18 récifs artificiels dans la zone RAMOGE.
Les récifs artificiels de la zone RAMOGE
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- Région PACA : 8 sites de récifs artificiels
- Région ligure : 9 sites de récifs artificiels
- Monaco : 1 site de récifs artificiels
Les récifs artificiels de la zone RAMOGE répondent à différents objectifs
qu’on peut classer en 5 catégories :
-
Objectif de production halieutique
-
Objectif de reconstitution de biocénose marine
-
Objectif de protection des biocénoses marines
-
Objectif de loisir
-
Objectif de recherche
Chaque récif artificiel peut combiner plusieurs objectifs.
En fonction de leurs finalités, les récifs artificiels sont construits selon deux
types de structures
Les structures se différencient par leurs matériaux (bois, béton, etc.) et
leurs formes (pyramides, amas, paniers, etc.)
En France et en Région ligure on trouve des récifs de production, en objets
recyclés tels que les pneus, les épaves, des portes d’écluses, le parpaing et divers
matériaux construction de BTP. Actuellement les récifs en béton sont les plus couramment
utilisés.
Les formes sont aussi complexes que variées mais répondent à un même but : recréer
un habitat attractif pour la faune et la flore. La forme peut varier en
fonction des espèces visées.


Récif artificiel réalisé par le Club Environnement du collège FANB (Monaco)
Les récifs de la Ligurie ont été construits dans un but de gestion des ressources
halieutiques et de protection anti-chalut. Les récifs artificiels en mer
ligure sont issus de projets très différents de par leurs origines, leur financement
et leurs résultats. En effet, les initiatives proviennent soit des pêcheurs professionnels
(ex : Varazze), des pêcheurs plaisanciers (ex : Golfo Marconi) et des scientifiques
(ex : Loano). Peu d’expériences de récif se sont révélées concluantes. A l’heure
actuelle, l’Italie remet en cause l’efficacité des récifs. Les nouveaux projets
restent rares et limités.
La France a également favorisé, dans un premier temps les récifs de production halieutique
et de protection afin de soutenir les activités de pêches professionnelles.
Elle tend aujourd’hui à concilier plusieurs objectifs en favorisant la reconstitution
des biocénoses marines. Le récif du Prado à Marseille (immergé en 2006),
né de la volonté des pêcheurs locaux, sert à la fois de support de repeuplement,
de recherche et d’instrument pédagogique. En France, ce récif est une innovation
en termes de volume immergé, gestion, suivi et structure. Les 400 modules immergés
sont organisés en « villages » triangulaires avec des connexions entre les « villages
». Trois types d’architecture ont été utilisées : structure en amas, en panier et
en filière afin d’attirer une large palette de faune et de flore.
Les récifs artificiels sont des aménagements très appréciés des autorités locales
et des usagers de la mer, c’est pourquoi les services de l’Etat français ont lancé
une étude afin de cadrer les futurs projets.
Les récifs monégasques, construits dans la réserve du Larvotto, ont pour but de reconstituer
la biocénose marine. Une expérience originale et unique de coralliculture à l’aide
de grotte à corail a été entreprise par le Centre Scientifique de Monaco.
La Direction de l’Environnement de Monaco a récemment initié un projet de récif
artificiel. Il sera l’un des premiers récifs uniquement dédié à la valorisation
et la reconstitution de biocénose.
A travers les expériences riches et diversifiées de la France de l’Italie et de Monaco,
la zone RAMOGE est représentative des initiatives méditerranéennes en matière de
récifs artificiels.
La zone RAMOGE est ainsi idéale pour partager, étudier et comparer les connaissances
de chacun dans ce domaine.
Les actions RAMOGE
Ces dernières années en France, la demande croissante de permis d’immersion de récifs
artificiels ou d’autres types d’occupation du domaine publique maritime
émanant des collectivités, tant locales que territoriales, auprès des autorités
compétentes ne cesse de s’intensifier.


Ascidies blanches au sein d'un récif artificiel réalisé par le Club Environnement du collège FANB (Monaco)
Face à ce constat, la Préfecture Maritime de Toulon, a sollicité l’Accord RAMOGE
pour conduire une étude en vue de déterminer l’utilité, la légitimité et les impacts
induits par la mise en place sur les fonds côtiers de tels édifices. Cette
étude menée en 2009, a dévoilé une hétérogénéité au niveau des législations des
trois Etats parties ainsi qu’une insuffisance au niveau du suivi des projets déjà
réalisés.
Aujourd’hui, l’efficacité des récifs artificiels sur la production de biomasse reste
incertaine au niveau mondial. De plus, le développement de tels projets nécessite
d’améliorer la gestion des relations entre les pêcheurs mais aussi les usagers de
la mer afin d’obtenir une utilisation raisonnée et durable des ressources halieutiques.
Face aux incertitudes entourant le bien fondé de la réalisation de récifs artificiels,
l’Accord RAMOGE s’intéresse en 2011 aux travaux initiés par les régions Languedoc
Roussillon et PACA qui ont lancé un programme de réflexion sur ce thème à l’échelle
de la façade méditerranéenne, afin de déterminer une stratégie d’implantation de
récifs artificiels. La participation et l’implication de l’Accord RAMOGE
à ce projet permettra de faire un état des lieux de cette pratique entre les trois
pays de la zone RAMOGE et ainsi diffuser des recommandations communes.
Pour en savoir plus
Rapport « Etude des récifs artificiels sur la zone RAMOGE » de A.LE GUILLOU
Typologie
Outre, son rôle de producteur de ressource halieutique, le récif artificiel est
également associé à d’autres objectifs :
Objectif de production halieutique
L’aménagement vise alors la production de biomasse et l’augmentation de la diversité
spécifique autour d’espèces ciblées, dans une optique d’extraction et de valorisation
à travers une activité de pêche.
Reconstitution de biocénose marine
L’objectif de l’aménagement est alors de reconstituer au bénéfice des biocénoses
marines les conditions d’habitats nécessaires à leur développement, lorsque
ces conditions originelles ont été dégradées sous l’action de facteurs anthropiques.
Cette approche s’appuie sur des notions d’ingénierie écologique et de retour à un
meilleur état écologique par des moyens dits « artificiels ».
Protection des biocénoses marines
L’objectif de l’aménagement est de limiter physiquement l’accès de certains engins
de pêche à des secteurs précis, reconnus pour leur valeur écologique, comme
par exemple leur importance dans l’équilibre des populations soumises à de fortes
pressions de pêche.
Création d’un support aux activités de loisirs
Ces récifs sont destinés à des pratiques ludiques, notamment à l’exercice
de la plongée sous-marine. Ils sont constitués de modules divers, agencés de façon
esthétique, mais aussi de manière à concentrer ou développer la faune et la flore
marines. Ces récifs seraient particulièrement utiles au délestage de sites naturels
d’exception soumis à une forte pression anthropique.
Outil de recherche
L’objectif de l’aménagement est alors de constituer un champ d’expérimentation spécifique
pour analyser l’évolution des biocénoses marines au sein d’un milieu « artificiel
» et faire ainsi progresser la connaissance scientifique. Cette approche renvoie
à l’existence d’un programme de recherches qui peut accompagner la genèse de certains
projets d’immersion.
Architecture et matériaux diversifiés


Récif artificiel réalisé par le Club Environnement du collège FANB (Monaco)
Dans l’espace RAMOGE on recense deux types d’architecture de récifs artificiels :
structure de protection et de production. Les formes et les matériaux utilisés
sont variables suivant les pays.
En France et en Région ligure on trouve également des récifs en objets recyclés
tels que les pneus, les épaves, des portes d’écluses, divers construction de BTP.
Cependant, les récifs en parpaing sont les plus couramment utilisés.
Récifs de protection
Ces structures concourent à préserver la ressource, en formant de véritables
barrages, disposés en lignes ou en points isolés empêchant les engins trainant.
Seules les pêches sélectives (souvent les petits métiers) peuvent travailler sur
ces zones. Ces ouvrages sont beaucoup moins massifs que ceux visant à produire de
la ressource et ne possèdent pas de cavités, les volumes immergés sont moindres.
Les structures dites de production
visent à augmenter la ressource. Leur formes sont plus complexes, percées
de trous et d’ouvertures, les structures se veulent volumineuses et massives, les
ouvertures sont calibrées en fonction de l’espèce que l’on souhaite voir s’installer.
Les espèces de poissons à intérêt commercial sont souhaitées, la partie inférieure
peut accueillir des espèces benthiques ou des crustacés.
Comment fonctionne un récif artificiel ?
L’augmentation de la ressource est la vocation première des récifs artificiels.
L’implantation d’un récif artificiel sur un fond meuble vise à recréer un habitat
naturel rocheux attractif pour les poissons.
Les effets attendus sont donc d’une part l’accroissement global de la richesse du
milieu par la protection des stades biologiques les plus sensibles de certaines
espèces, d’autre part, l’augmentation et la diversification des apports trophiques.
Les conditions requises pour augmenter la production se base sur l’offre d’une nourriture
supplémentaire, la facilitation de l’alimentation, la mise à disposition d’abri
contre la prédation, d’un habitat favorable aux juvéniles. Les récifs devront pour
cela avoir un rôle d’apport de nourriture pour les poissons de protection, de zone
de ponte et de nurserie.